"Les directions ne savent pas comment mesurer le stress"
31-03-2008
Image4 QUESTIONS A. Michel Valentin, fondateur de Caografia, jeune éditeur d'outils d’aide au management, analyse les divers types de comportement au travail et les niveaux de stress. Selon cet ancien consultant en management, les directions sont sensibles à ce fléau, mais elles ont du mal à prendre des mesures pour l'enrayer. Il a répondu aux questions de Cmontaf.

 


Les entreprises sont-elles sensibilisées aux nouvelles formes de  stress au travail ?

Michel Valentin : Elles prennent conscience de l’importance du côté négatif du stress, mais elles sont parfois perdues pour appréhender les situations délicates. Jusqu’ici les entreprises ne voyaient que le stress positif. Cette tension représente une énergie, de l’adrénaline, quelque chose de vital pour les dirigeants. Cependant,  les cas dramatiques de suicides de salariés au travail ont alerté les directions qui ont compris que le stress au travail peut être très dangereux.
Or elles ne savent pas forcément comment mesurer le niveau de stress, comment résoudre les situations les plus graves. Les cas de harcèlement ou de violence physique peuvent être la conséquence d’une multitude de faits et gestes plus ou moins anodins, non maîtrisés.

Quels sont les secteurs qui prennent en compte ce fléau ?

M.V. : Les secteurs financier et bancaire sont plutôt  en avance. Ils ont mis en place des outils pour pallier à ce problème. Le secteur high-tech a également pris les choses en main. Même si tout n’est pas parfait, notamment dans les centres de service. Tout dépend de la culture de l’entreprise, du dirigeant et de son DRH, plus ou moins sensibilisé aux frustrations de ses salariés. De nombreux managers restent encore perplexes car ils considèrent que le stress positif est utile. Ils craignent aussi les vives réactions de leurs salariés sous tension s’ils mènent une enquête.
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Comment s’y prendre ? Avez-vous des exemples ?

M.V. :  Je pense que les entreprises veulent des outils compréhensibles, faciles à utiliser et sans aspect médical pour analyser la situation. Par exemple, une société de Moselle s'est servi de notre outil de mesure et d’aide au management, pour identifier les problèmes. Quatre critères peuvent influencer le comportement des salariés au travail : la complexité, l'ambiguité, l'obscurité et la motivation. Dans le cas de cette société, un environnement de travail dévaforable a été décelé. Elle a donc réorganisé ses services et mis en place des formations informatiques pour certains collaborateurs. Force est de constater qu’il existe encore un décalage entre la perception et la mise en place de solutions. Le monde du travail est devenu plus complexe. Il n’y a pas qu’une seule forme de stress au travail. Et les individus n’ont pas la même sensibilité face au stress.

Le rapport Légeron-Nasse sur les risques psychosociaux remis au gouvernement va-t-il changer les choses ?

M.V. : S'il identifie les différents aspects des risques au travail, il est à mon sens beaucoup trop médicalisé,  avec un aspect négatif des choses. Il serait intéressant de mettre au point un indicateur global  mesurant plus précisément les niveaux de complexité, d’ambiguïté et d’obscurité de l’entreprise. Des outils qui donneraient aussi le degré de motivation des salariés, par secteur d’activité. Cela permettrait à l’entreprise de se situer par rapport à une moyenne nationale. C’est ce type de baromètre que Caografia tente de mettre au point. Encore faut-il trouver à quel rythme une société devra mesurer tous ces facteurs.